Contrats navals et indépendance du Québec

Le ministre Bernard Drainville a cette semaine affirmé que l’indépendance du Québec nuirait aux contrats militaires québécois, notamment en ce qui a trait à la construction navale à Lévis.

« Penses-tu que le fédéral va avoir le goût de nous donner des contrats à Lévis si, à Québec, on a un gouvernement qui veut se séparer du Canada? a demandé M. Drainville. Bien voyons, non. Alors, on n’a pas besoin de ça, un référendum. Sais-tu quoi? Ça, c’est l’affaire du passé. »

Or, dans les faits, non seulement il n’est pas rare de voir un pays offrir de tels contrats à une compagnie située à l’étranger (Ottawa en est un bon exemple, ayant grassement enrichi des entreprises américaines en Défense à coup de lucratifs mandats), mais j’aurais personnellement trouvé un meilleur exemple que celui de la stratégie navale pour vanter le beau Canada.

Celle-ci fut lancée en 2010 et est plombée de multiples retards et dépassements de coûts. Alors qu’Ottawa, sous les conservateurs, avait donné tous les contrats aux chantiers Irving d’Halifax et Seaspan à Vancouver, et aucun pour le chantier Davie à Lévis, ce n’est qu’en 2019 des contrats de brise-glaces ont été offerts au Québec.

Cependant, au lieu de donner les deux contrats au chantier Davie, Ottawa a choisi d’en donner un à Seaspan et un à Davie en 2021, à la veille d’élections fédérales.

Ce n’est qu’en juillet 2024 que fut signé le Pacte de collaboration sur les brise-glaces avec les États-Unis et la Finlande, laissant entendre que le chantier Davie pourrait construire d’autres brise-glaces polaires et maintenir les emplois en jeu.

Permettez-moi de croire qu’un Québec indépendant comprendrait d’emblée que son intérêt est dans l’exploitation de ses propres chantiers et que nous éviterions de nous battre pendant plus de dix ans pour « obtenir des contrats fédéraux au Québec » (dixit Bernard Drainville), car ces derniers iraient de soi.

Photo: Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada